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formica - s/t review, Nexclues

mercredi 21 décembre 2011

Juste donne-moi de l’indie rock !
Des comparaisons aux grands maîtres de cet Art volontairement débraillé, Sebadoh, Pavement et Sonic Youth*, Formica en a certainement déjà glané, et ce n’est ni immérité ni injustifié. Formica noisifie sa pop ou popifie sa noise, c’est comme on voudra, et ficelle ses chansons autour de gentilles mélodies qui ne craignent pas les montées soniques. Jusqu’ici, rien de particulièrement palpitant : des groupes comme ça, on en a déjà eu à la pelle et une nouvelle fournée tombe environ toutes les trois heures. Pire, ces rennais souffriraient de mauvaises langues** qui diraient, après les avoir vus en concert : « C’était atroce, on a fui au bout de trois morceaux, c’était une mauvaise sous-copie de Pavement. » Peut-être que sur scène ça le fait pas, je sais pas, j’y étais pas, mais si je me fie à ce seul lp qu’on m’a aimablement envoyé, je dirais qu’il suffirait peut-être d’ouvrir un peu plus que les oreilles pour entendre autre chose qu’une vieille formule ressassée. Ou peut-être qu’il faut tout simplement voir ailleurs. S’il me fallait jouer moi aussi au jeu assez pénible des comparaisons, c’est sûr que je balancerais des gros noms : les Pixies (le morceau Happy, qui n’aurait pas trop de mal à se frayer un chemin jusqu’à Doolittle : une ligne de basse à deux notes + une guitare électrique qui surfe sur une guitare acoustique) et encore, pour contredire personne, Sonic Youth. Un Sonic Youth qui s’était mis en mode accessible pour ouvrir ses trois meilleurs albums*** (la seconde partie, instrumentale, de The Apple, morceau final sur lequel un guitariste de Møller Plesset est venu prêter main-forte). Je rajouterais aussi, pour faire mon gros malin, des choses un peu moins évidentes, comme Shudder To Think et Lifter Puller. Pour une simple et bonne raison : le putain de chant absolument fantastique. Qui se distingue immédiatement. Qui se fait détester ou adorer. Sur le champ. Et là, tout de suite, quand on ne s’en tient qu’au chant de Formica, ou aux chants de Formica car ils sont plusieurs à se partager la tâche – avec réussite égale -, ça devient beaucoup plus compliqué de lâcher des références prémâchées. Ça devient même complètement absurde : sur mon morceau préféré de l’album, My Story, qu’il me faut généralement écouter 5 fois d’affilée pour satisfaire ma soif, j’ai le temps de largement m’éloigner du sujet en pensant à un Gary Numan période Tubeway Army qui aurait emprunté et accéléré les lalalalalalalalala du I’m A Conservative d’Iggy. Pendant que derrière le solo de guitare essaie de retrouver le White Light / White Heat en passant par Marquee Moon. N’importe quoi, je le concède. Et encore, je n’ose pas trop parler des similitudes que j’entends avec The Halo Benders sur d’autres passages, ou avec Half Japanese ailleurs. Quand on s’éparpille autant en essayant de décrire ce qu’on entend, ce n’est pas trompeur, c’est signe qu’on est confronté à quelque chose de réellement original. Ce n’est pas uniquement parce que l’accent anglais est largement mieux que la moyenne pour un groupe français, c’est parce qu’il a pour lui ce détachement hautain, tour à tour condescendant, faussement niais ou smart-ass, qui tire vers l’avant et fait prendre à Formica une tout autre dimension. Qui fait qu’au bout d’un certain moment on arrête de comparer et de soupeser – c’est pas trop tôt ! – pour prendre Formica pour ce qu’il est : un bon petit groupe qui ne fait pas juste que te donner de l’indie rock. Je vais m’en reprendre une lichée, tiens !
Pas de nom de groupe, pas de nom d’album sur cette belle pochette, mais un coupon, à l’intérieur, pour se fabriquer soi-même la version cd-r. Je regrette un peu qu’ils n’aient pas songé à inclure les paroles, qui me semblent dignes d’intérêt.

* une triplette qui, je sais pas si vous l’avez remarqué, avait un point commun : les trois distillaient des chansons**** dans lesquelles ils n’hésitaient pas à balancer les noms d’autres groupes. Plus personne pense à faire ça de nos jours et c’est un peu dommage. Formica le fait sur Rock’n’Roll (pas une reprise du Velvet, pas plus que de Led Zep, c’est un original), ou plus subtilement sur Podium, qui ouvre l’album.
** dont je terrai les noms, par double respect pour Rejuvenation Records et l’asso GTKO ?/GTOK !
*** Tom Violence / Schizophrenia / Teenage Riot. Et si tu insistes pour en rajouter un quatrième, on peut aussi citer Dirty Boots.
**** et surgit subitement le triple trivia : lesquelles ?
(9/10)

Bil

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