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Moller-Plesset - Hartree-Fock Method review, Perte & Fracas

jeudi 27 octobre 2011

Six années de silence. Six années d’inactivité, de concerts très épisodiques et de répétitions miraculeuses. On les croyait perdus. Ils ressurgissent avec un 25 centimètres rempli de quatre titres. C’est ce qu’on appelle une productivité exemplaire, un ratio année / composition d’une redoutable efficacité. Car oui, ça craint. Cette sortie sur In My Bed (le label de Formica) est une excellente nouvelle mais aussi très frustrante. Ces quatre titres sont bons mais ne sont pas suffisants. On aurait voulu en entendre beaucoup plus.
Je vais donc me lancer, pour la première fois, dans l’exercice périlleux de la chronique d’un groupe de potes dans lequel vous vous êtes impliqués dans le passé pour leur trouver des dates pourries, des tournées triomphales et des disques qui ne se vendent pas. Comptez donc sur moi pour les saquer comme il se doit et ne faire aucune private joke.
Pour les chanceux qui avaient réussi à les voir en concert pendant ces six années, quand ils sortaient de leur tanière ou se libéraient de leurs contraintes de ministres, ces titres ne sont pas une surprise. Les petits gars de Moller ont eu le temps de les jouer, les peaufiner et les enregistrer à Paris par un mec qui vient du même bled reculé dans mon Morbihan natal. Si ça, c’est pas un signe de supériorité !
Car la première qualité de ce disque, c’est qu’il sonne merveilleusement bien. Les deux guitares sont bien distinctes et tranchantes, chaque coup de baguette d’El Presidente fait résonner mon petit cœur et le chant principal, ce chant so special comme il dit sur I Hear, ne prend pas les devants, s’intègre parfaitement dans le paysage pendant que le second chant, celui où un des deux guitaristes laisse éclater sa part féminine, agit en parfait contrepoids, tapi dans le fond.
La seconde qualité, ce sont bien sûr les compositions. Mollard Passec a toujours eu le sens de la formule, le sens de l’accroche et la mélodie qui vous prend aux tripes derrière l’apparente complexité des guitares et du rythme. Malgré leur grand âge, Moller-Plesset garde le cap d’un noise-rock glissant, d’un savoir-faire toujours présent. Mention spéciale à Love Affair in Chemnitz, leur truc emo comme ils disent, mon petit préféré des quatre avec le dialogue parfait entre les deux chants, le rythme de valse à deux temps, de polka boiteuse et les deux guitares tissant une mélodie à tiroirs, vous faisant monter au pinnacle de l’émotion virile.
Qui dit grand âge, dit également sagesse, apaisement, voir mélancolie. Ce nouveau Moller-Plesset est marqué par une accalmie générale. Le morceau le plus représentatif est Liar, un slow surprenant et irrésistible au fil des écoutes, un morceau qui vous rend toute chose mais qui ne vous assure pas de conclure. Son pendant de l’autre face, ce sont les presque sept minutes de I Hear. La pression se fait cependant plus forte, les chants marquent leur différence, les deux guitares font à nouveau un travail remarquable, d’arpèges virevoltants, de tapping, de combinaison fine et de riffs coupants sur une structure par palier et d’un rythme tour à tour percutant ou tout en touché. Quand Moller-Plesset avait joué ces deux morceaux à suivre, Liar et I Hear, pour les 15 ans et demi de KFuel, les couples s’étaient formés, certains étaient partis noyer leur chagrin au bar pendant que d’autres restaient la langue bavante. Le nouveau Moller-Plesset est beau, serein avec toujours cette fièvre dans le fond pour continuer de faire brûler le flambeau d’un rock de plus en plus agile et personnel.
Le quatrième titre dont on n’a pas encore parlé, c’est Shorty. Non seulement parce que ce morceau est court mais aussi pour se rappeler que les influences des Moller, un jour, se sont situées du coté de Chicago, de Al Jonhson et sa bande d’US Maple. Ils ont depuis largement su transcender tout ça mais avec ce Hartree-Fock Method (encore une histoire de scientifique à coucher dehors), Moller-Plesset montre qu’ils sont également touchés par ce même idéal de rock élégant et tordu.
On ne saurait parler d’un disque de Moller-Plesset sans mentionner l’emballage. Comme pour les deux précédents disques, c’est EM qui s’y colle. Point de livret et de BD cette fois-ci mais une mega pochette-poster sombre, torturée et remarquable, une pochette format géant dont le plus dur est, comme pour les cartes routières, de la replier correctement et de l’enfiler sans trembler dans le bandeau qui l’entoure. Et je tremble toujours après avoir écouté Moller-Plesset.
Espérons ne pas attendre encore six ans pour avoir de leurs nouvelles mais ça, rien n’est moins sûr…

SKX (27/10/2011)

La chronique sur Perte & Fracas

Voir en ligne : Perte & Fracas