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Moller-Plesset - Hartree-Fock Method review, Nextclues

mercredi 14 décembre 2011

La noise quantique, qu’est-ce que c’est ?
b/w
Et si quelqu’un vous demande la signification de la noise quantique, vous n’avez qu’à le regarder fixement, avec incrédulité.*

Ou bien lui tendre ce 10’’ de Møller Plesset. En lui précisant que dans le titre ne se cache pas une contrepèterie OuLiPienne, même si Fa(r)t-Free Rock Method aurait pu être une nextclue. Møller Plesset étant le seul représentant de ce mystérieux sous-genre, ce quelqu’un aura peut-être l’occasion de se faire une idée. De capter ce qui se passe une fois que l’on soumet la noise à la théorie des perturbations. Le premier effet notable, ce sont les guitares qui le subissent. Elles s’entrechoquent, l’entrelacent, se détachent, se recouvrent et se retrouvent. On croit de prime abord qu’elles jouent sur la retenue, suivant la formule inventée par U.S Maple, qu’elles s’accordent à obéir au déconstructivisme cher aux Conformists, mais ce n’est toujours pas exactement ça. C’est même l’opposé, en réalité : leur flot est continu, et sur des rythmes chaloupés, elles réussissent, sans mal, à faire danser. Valser. En titubant, en s’emmêlant les pinceaux avant de se les prendre dans le tapis. Elles sont magnifiques, ces deux guitares, rappelant parfois le style particulier de Niko Werner d’Oxbow lorsqu’il décide d’opter pour la finesse. Condense, aussi, pour leur complémentarité et leur complicité dans les passages les moins rentre-dedans. C’est précisément à cet exercice-là qu’excellent les quatre Rennais de Møller Plesset. Alors que la grande majorité des groupes noise visent les saccades, les pièges structurels, en même temps qu’un choc frontal, volume dans l’infrarouge, Møller Plesset joue sur sa souplesse naturelle et sur son élasticité, découpant des mesures en trois temps, les recollant ailleurs, jouant au jeu des permutations en s’appuyant sur un batteur discret d’apparence mais dont l’agencement des parties lui a certainement fait fumer le cerveau. Un groupe comme je les aime, qui se fait chier à mettre en place des détails que personne ne remarquera jamais. On appelle souvent ça de la « musique pour musiciens », ou « a band’s band », en anglais, le truc qui refroidit généralement d’entrée. Sauf que Møller Plesset y met tellement d’émotions, reléguant les analyses et les notions des gratte-papiers de ma sorte au second plan, qu’il finit par être terriblement humain – un humain qui ne se priverait pas de téter directement au goulot - et qu’il pourrait s’adresser à n’importe qui ayant une quelconque sensibilité musicale. Ce, grâce au chant. On n’y croit pas tout de suite, à ce chant, étouffé comme s’il provenait d’un asthmatique marmonnant des inepties dans une cabine téléphonique ensevelie sous vingt tonnes de gravats. Pourtant, il est si vrai et si honnête, loin des habituels effets de style qui foutent en l’air bien des groupes actuels, qu’il parvient au bout d’un certain temps à s’extirper des décombres, parfois soutenu par des petits cris qu’un des deux guitaristes ne peut visiblement pas retenir. Quatre titres, c’est à la fois peu et largement suffisant pour savoir de quoi il en retourne avec la noise quantique. Ceux qui en veulent toujours plus ou souhaiteraient approfondir le sujet pourront toujours se reporter aux deux albums précédents de Møller Plesset, Rather Drunk Than Quantum et The Perturbation Theory, qui sont aussi fabuleusement bons que ce Hartree-Fock Method.
Ces quatre compos sont livrées sur un 25cm à pochette qui se déplie pour former un beau poster carré qui m’a tout de suite rappelé la bonne ambiance des illustrations que faisait Derek Hess pour Craw. Les 300 copies sont numérotées, retenues par un bandeau central (un obi horizontal au lieu d’être vertical, notera le gros geek de service), et un coupon donne accès à un téléchargement qui permet de construire soi-même la version cd-r. Grand luxe, et bravo à InMyBed d’avoir pris autant de soins à fabriquer un bel objet supportant une musique qui méritait d’être aussi bien fagotée.

* intro de chro largement inspirée d’un vieux t-shirt de Pere Ubu.

(9/10)

Bil

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