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IMB006 - Moller-Plesset, Hartree-Foch Method review, Noise

jeudi 19 janvier 2012

Si quelqu’un vous demande la signification de la noise quantique, vous n’avez qu’à le regarder fixement, avec incrédulité. Ou bien lui tendre ce 10’’ de Møller Plesset. En lui précisant que dans le titre ne se cache pas une contrepèterie OuLiPienne, même si Fat-Free Rock Method aurait pu être un indice. Møller Plesset étant le seul représentant de ce mystérieux sous-genre, ce quelqu’un aura peut-être l’occasion de se faire une idée. De comprendre ce qui se passe une fois que l’on soumet la noise à la théorie des perturbations. Les guitares en subissent le premier effet notable. Elles s’entrechoquent, l’entrelacent, se détachent et se retrouvent. On croit de prime abord qu’elles jouent sur la retenue, suivant la formule inventée par U.S Maple, ou qu’elles s’accordent à obéir au déconstructivisme cher aux Conformists, mais ce n’est toujours pas exactement ça. C’est même l’opposé, en définitive : leur flot est continu et sur des rythmes chaloupés, elles parviendraient presque à faire danser. En titubant, en s’emmêlant les pinceaux avant de se prendre les pieds dans le tapis. Elles sont magnifiques ces deux guitares, rappelant parfois le style de Niko Werner d’Oxbow lorsqu’il décide de miser sur la finesse. Condense, aussi, pour leur complémentarité et leur complicité dans les passages les moins rentre-dedans. C’est dans cet exercice-là qu’excellent ces Français. Alors que la grande majorité des groupes noise visent les saccades, les pièges structurels et un choc frontal, volume dans l’infrarouge, Møller Plesset joue sur sa souplesse et son élasticité, découpant des mesures en trois temps, les recollant ailleurs, jouant au jeu des permutations en s’appuyant sur un batteur qui ne se fait pas remarquer, mais dont le cerveau a dû fumer au moment de l’agencement de ses parties. Un groupe comme je les aime, qui se fait chier à mettre en place des détails que personne ne remarquera jamais. On appelle souvent ça de la « musique pour musiciens », ou « a band’s band », en anglais, le truc qui refroidit généralement d’entrée. Sauf que Møller Plesset y met tellement d’émotions, reléguant les analyses et les notions des gratte-papiers de ma sorte au second plan, qu’il finit par être terriblement humain et pourrait s’adresser à n’importe qui un tant soit peu doté de sensibilité musicale. Ce, grâce au chant. On n’y croit pas tout de suite, à ce chant, étouffé comme s’il provenait d’un asthmatique marmonnant des inepties dans une cabine téléphonique ensevelie sous vingt tonnes de gravats. Pourtant, il est tellement vrai, ce chant, loin des habituels effets de style qui foutent en l’air bien des groupes actuels, qu’il parvient à s’extirper des décombres, parfois soutenu par des petits cris qu’un des deux guitaristes ne parvient pas retenir. Quatre titres, c’est à la fois peu et largement suffisant pour savoir de quoi il en retourne avec la noise quantique. Ceux qui en veulent toujours plus ou souhaiteraient approfondir le sujet pourront toujours se reporter aux deux albums précédents de Møller Plesset.
(8.5/10)
Bil
Noise, n° 8, janvier-février 2012, p. 87