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Inmybed speaks : Walking with the beast interview

vendredi 25 avril 2014

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Interview : Inmybed
Attirés par son excellente compil’ Embedded (sur laquelle on retrouve, entre autres, le psychédélisme de Sudden Death of Stars, fort apprécié en ces pages), nous avons voulu en savoir plus sur le label Inmybed, son équipe, sa ville (Rennes) et son catalogue alléchant (goût vinyle et papier).

Parlez-moi de la genèse d’Inmybed. L’histoire du label est très liée à celle du groupe Formica, c’est bien ça ? Qui fait quoi ?

Matthieu : Inmybed est effectivement né autour de Formica. La structure servait à la base à l’organisation de concerts sur Rennes et à la gestion administrative du groupe. Lorsqu’on a enregistré notre premier EP avec Christophe Sourice (Les Thugs), aucun de nos labels favoris n’en ayant voulu, on a décidé de transformer Inmybed en label. Comme on ne voulait pas que ce soit un label à une seule référence, on a décidé de sortir un recueil des croquis de concerts de Nine Antico parus dans son fanzine Rock This Way. Et maintenant on en est à près de quinze références.

Lilian : Pour la répartition des rôles, les décisions sont collectives et interviennent en général au bout de plusieurs bouteilles de vin. Le dernier à tenir debout a gagné, la démocratie comme elle devrait se pratiquer !

Matthieu : On ne sort que trois à quatre références par an, du coup tout le monde participe à chacune des étapes, mais la maquette et la fabrication sont systématiquement supervisées par Sébastien Lumineau.

Jérémie : Et les aspects numériques sont assurés par Lilian

Et ce nom « Inmybed » ?

J : Ça vient d’une abominable chanson de Gainsbourg sur le non moins abominable live au Zénith dans laquelle il y a un couplet qui fait : J’aime les p’tites skinheads / Elles n’sont pas si bad / De bonnes petites baiseuses / In my bed !

M : Ça nous avait paru tellement con qu’on a retenu le nom.

L : Mais notre acceptation de l’expression est probablement plus liée à la paresse qu ’à la libido. On peut le déplorer.

M : Ou pas.

L’idée de faire du « vinyl et du paper » vous l’aviez dès le départ ?

J : Ça correspond à ce qu’on aime, les livres et les vinyles. Ça nous semble plus noble comme support ; à l’époque où on a monté le label, le CD semblait encore être la norme et le vinyle plus un truc de puriste. Maintenant, avec la dématérialisation, on a deux écoles ; on se situe, à titre personnel, dans celle attachée à l’objet. Je reste toujours dubitatif face aux heureux possesseurs de Go de musiques, alors qu’une discothèque de vinyles ou une bibliothèque inconnues me donne toujours un petit frisson dans l’échine. L’ipod ne m’a jamais fait cet effet.

M : Surtout, on propose des pochettes et des couvertures sérigraphiées, une fabrication léchée et des tout petits tirages, le tout fabriqué à la main, on y prend vraiment du plaisir, le DIY est capital pour nous, le vinyle et le papier sont adaptés à cette politique. Et puis économiquement, ça nous paraissait être le bon choix.

Quels sont les autres labels français dont vous appréciez le travail ? Et les maisons d’édition ?

M : En ce qui concerne les labels, nos modèles sont plutôt américains, K-Records pour le graphisme et le catalogue, Skin Graft pour ce qu’ils faisaient de l’objet.

J : A titre personnel, concernant les labels français, je suis plus attaché aux labels indés des 90’s : Prohibited, les 7 Piliers, Closer, Vicious Circle, Black & Noir...Actuellement, nos apprécions nos concitoyens rennais des Disques Normals, de Kerviniou ou de Range Ta Chambre. Mais d’autres font aussi font du chouette boulot : Africantape, Kütu Folk, Talitres, Born Bad...Ce que j’apprécie chez ces labels, au-delà de la musique, c’est qu’ils sont identifiables immédiatement, peu de chance de trouver de la pop délicate sur la compilation Mauvaise Graine de Born Bad par exemple, même si elle est bien dégagée derrière les oreilles...

M : Pour les éditeurs, nous avons été très influencé par ce qui s’est passé en bande dessinée à la fin des années 90, notamment par la scène rennaise, très active à cette époque avec un esprit DIY et un regard politique sur l’édition. Peut-être l’équivalent pour la bande dessinée de ce qu’a été le punk pour la musique. Je pense à des auteurs regroupés autour de la revue Chez Jérôme Comix et de la librairie Alphagraph. Et pour les éditeurs, on peut citer La Chose, des frères Éric et Jacques Mahé, ou Les Taupes de l’Espace de Sébastien Lumineau qui s’occupe désormais de nos graphismes.

J : Malheureusement, comme les labels de musique, ce courant alternatif a été digéré par les majors qui se sont mises aussi à sortir une version insipide de la chose. Sad but true !

J’avoue un faible pour les compos de Prosperi Buri, parlez un peu de ce projet.

L : Que dire qui ne soit pas diffamatoire ?

J : Déjà, il fait partie de la famille, au propre comme au figuré et d’Inmybed depuis sa création. Il exerce ses talents aussi bien dans le domaine du dessin et dans la musique, pour laquelle il s’entoure de requins de studio. Prosperi joue un rock neurasthénique très émouvant ; ce que j’aime particulièrement chez lui, c’est qu’il ne cherche pas à sonner puissant, j’ai l’impression qu’il a gardé une part de candeur, un truc de l’adolescence qui fait que sa musique est imperméable aux modes.

M : Son Gloria E.P. est une des belles références de notre catalogue.

Vous avez récemment sorti une très chouette compil de groupes rennais. Qu’est-ce que vous diriez de cette scène rennaise ? Comment elle évolue ? Qu’est-ce que vous aimez chez elle ? Qu’est-ce que vous aimez moins ?

M : Rennes a cette image un peu ridicule de « ville rock », ça fait partie de son « rayonnement » comme on dit vulgairement. C’est sûr qu’il s’y passe pas mal de choses mais je ne suis pas certain qu’on puisse parler de « scène » au singulier. Il y a des « scènes », en fonction des genres et des affinités.

J : On aime tous les groupes présents sur cette compilation et pour certains depuis longtemps, ils ne sont pas présents parce qu’ils sont rennais mais parce qu’il nous semble que leur approche de la musique ressemble à la notre. En résumé, ils ne courent pas après le succès et joue une musique sincère et personnelle. Mais, je ne sais pas trop si on peut parler de « scène ». Certains sont des amis, d’autres des copains de bistrots, il n’y a que les « jeunes » Sudden Death of Stars que nous ne connaissions pas du tout. Pour la sortie de la compilation, nous avons organisé avec le Jardin Moderne une soirée où tous les groupes jouaient et la plupart n’avait jamais partagé l’affiche. J’ai le sentiment qu’une « scène » ne peut se créer que si les groupes jouent dans les mêmes lieux et ensemble. Enfin, c’est une vision un peu romantique mais chez Inmybed on est fleur bleue.

M : Après sur Rennes, il y a des groupes que l’on apprécie mais qui ne sont pas présents sur la compilation : Trunks, Fat Supper, We Only Said...

L : Et d’autres qu’on n’apprécie pas du tout... Du coup, j’espère qu’il n’y a pas de « scène rennaise » identifiée car il y a des personnes et des groupes avec lesquels on ne veut rien avoir à faire du tout !

Vous avez des projets en cours ou à venir dont vous aimeriez parler ? Des événements à annoncer ?

M : Côté papier, deux sorties sont prévues au printemps : une bande dessinée de Sébastien Lumineau sur le hard rock et la ruralité et une partition de Thomas Le Corre (guitariste génial du meilleur groupe rennais du monde, Moller Plesset) illustrée par Nylso. Il y a aussi un recueil des chroniques musicales dessinées d’Olivier Josso qui est dans les tuyaux.

L : Côté vinyle, on sort le 1er single de Cotton Buds en juin. Et puis Formica retournera au printemps en studio avec Christophe Sourice pour un L.P. à sortir cet automne.

J : Pour les projets, Chatterbox prépare son 1er EP, Prosperi Buri veut faire un album... Et puis on aimerait bien sortir un nouveau disque de Moller Plesset avant la fin du monde.

Propos recueillis par Hanemone

Une petite note finale pour indiquer que Philippe Dumez, auteur publié chez Inmybed, a récemment pris une excitante initiative en lançant son Philippe Dumez Book Club, pour en savoir plus allez faire un tour ici.

L’interview sur Walking with the beast