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IMB013 - Embedded : an Inmybed Compilation, Perte & Fracas review

jeudi 24 octobre 2013

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Le label rennais Inmybed nous embarque dans une compilation faite avec amour. Le mot embarqué n’a pas été choisi au hasard car du haut de mon encyclopédique savoir, point ne savais-je ce que Embedded signifiait. En quelques clics, la traduction donnait les termes embarqué, incorporé ou incrusté et non pas enfoncé au fond de son lit comme une grosse larve ainsi que je l’avais initialement crû. Mais embedded se dit aussi pour les journalistes à la solde d’une armée qui les embarquent avec elle pour tresser des lauriers à la grandeur de son action. Ce qui ne sera absolument pas le cas avec ce présent zine puisque l’objectivité est une qualité passant avant la famille et la patrie et que franchement, pas besoin de se forcer pour aimer cette compilation.
D’ailleurs, à aucun moment l’impression d’être confronté à une banale compilation disparate et à l’intérêt fluctuant selon le défilement des pistes n’assaille mes petits sens. 13 groupes différents ont beau se présenter sur le vinyle, Embedded s’écoute comme un album à part entière. 13 groupes bien distincts mais avec une unité de ton surprenante et qui ont sorti le grand jeu pour offrir de l’inédit supérieur ne rimant pas avec fond de tiroir dont on se débarrasse négligemment pour une vulgaire compile. Vas-y, bouffe. Non, Embedded glisse tout seul, ça s’enchaîne comme dans un rêve moite et charnel, le grand chelem comme dans les désirs les plus fous qu’un supporter du stade rennais ne connaîtra jamais (pour ça, il eut fallu que cette compilation sorte à Nantes).
Une homogénéité due au fait que chacun des treize morceaux a été enregistré dans le même studio, par la même personne et dans des conditions similaires, chaque groupe se présentant sur une seule journée chronométrée de main de maître par les sbires de Inmybed. Et le fait également qu’ils sont tous de Rennes, que nombre de ces groupes sont largement incestueux et présentent un univers indé/pop/années 90 en commun.
Formica, le groupe des proprios du label, se taille la part du lion. En plus d’un True/Wrong décontracté et de belle facture ouvrant le disque, on retrouve un des membres de Formica dans Mozzarrela’s Funeral Project, projet solo servant à recycler toutes ses compos dont Formica n’a pas voulu. A écouter son Lose is the rule (une profession de foi !) pétaradant, ils vont faire un peu plus gaffe la prochaine fois avant de lui dire non. Chatterbox comprend également un membre de Formica, associé à une chanteuse/claviériste. The Walk est leur tout premier enregistrement et pour en parler, il faut reprendre le texte de In My Bed pour un tract de concert : Chatterbox c’est comme les Vaselines mais en plus sec. Je ne peux que m’incliner devant cette description éclairée et pleine d’une sagesse malouine. La voix féminine est grave et sobre, le morceau est délicieusement traînant et dépouillé, la guitare dérape tranquillement et The Walk a un goût de trop peu. Avec Lonely Tunes ou Prosperi Buri, on reste aussi en famille avec la branche des cousins. Lonely Tunes est le seul groupe basé à Paris mais son origine sent la galette-saucisse. Là encore, c’est du premier enregistrement et Winter Comes a cette nonchalance classe, la rythmique est originale et entre les Pastels et Pavement, mon cœur balance. Quant à Prosperi Buri, la nonchalance est une seconde peau alors si en plus, ils appellent leur morceau Smoked, vous imaginez le résultat. Finement fumeux.
Après, vous avez les groupes augmentant le degré des saturations. 13th Hole (le sixième album sort bientôt !) et Downtown Cuckoo, tendance post-punk noisy pour deux titres tendus, mélodiques et qui font leur effet. Laetitia Sheriff se fend d’un superbe titre nerveux et envoûtant, Big Sur, avec Régis Boulard à la batterie pour un titre qui n’aurait pas dépareiller sur Trunks, leur projet commun. Moller-Plesset accouche de My Job, morceau qu’ils ont souvent joué en concert (c’est à dire pas très souvent vu le nombre de fois qu’ils en font). La chaleur monte d’un bon cran pour un morceau tout en urgence grandissante et un travail guitares/batterie qui rend fou alors que le chant rend aveugle.
On reprend son souffle avec Santa Cruz et une petite Beatles-rie biberonnée à l’Americana nommée Sad and Lonely. Du très bel ouvrage fondant en bouche.
Et on finit avec les découvertes. Mistress Bomb H n’en est pas une pourtant mais pour se mettre au goût de la compilation, la Mistress a abandonné l’electro-vitriol de son dernier album, a retrouvé sa basse, a invité deux Moller-Plesset et son Money Shit devient une parfaite surprise, surtout quand c’est agréable. Toujours aussi tordu, structure cyclique et répétitive, voix posée comme une empêcheuse de tourner en rond dans un monde académique, j’aurais presque envie de leur crier à ces trois là de continuer de faire quelquechose ensemble ! Sudden Death of Stars étaient de parfaits inconnus avant que j’entende leur The Break Up. Sept personnes dans un trip rock-pop-sixties-psychédélique avec tambourin. Ça fait peur dit comme ça mais à l’image de tous les autres compos de ce disque, ça ne semble pas votre tasse de thé et pourtant, ce titre est encore curieusement une réussite, file droit sur l’autoroute du soleil et se fredonne en boucle. Je garde presque le meilleur pour la fin avec Saïtam. Jamais entendu parlé alors que je connait ce gars depuis 20 ans ! Saïtam, c’est Mathias à l’envers, jouant également dans We Only Said pour un projet solo à la base mais qui se fait accompagner sur The Things of Life par, entre autres, le batteur de For Damage. Un album sorti dans la plus grande des grandes confidences en 2011 (Facteur Seul) mais ce morceau de la compile semble au-dessus du lot, possédant un envoûtement supérieur, une construction allant crescendo dans l’adrénaline tout en gardant une classe folle, un morceau très simple tout en étant très chiadé.
Pochette référencée et signée Nine Antico, un texte de Philippe Dumez en français (et traduit en anglais) expliquant le pourquoi du comment de la pertinence d’une compilation en 2013. Mais plutôt qu’un long discours, il suffit d’écouter ce disque pour s’en rendre compte. Embedded rend ces lettres de noblesse au monde de la compilation tout en offrant son lot de découvertes et de bonne musique, tout simplement.

SKX (23/10/2013)

La chronique sur Perte & Fracas.