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IMB013 - Embedded : an Inmybed Compilation, Nextclues review

dimanche 13 octobre 2013

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Lorsqu’un label en arrive à l’étape de la compil, généralement, c’est qu’il y a de l’eau dans le gaz ou, au contraire, de l’argent à perdre. Dans un cas comme dans l’autre, on se retrouve invariablement avec un échantillonnage inintéressant au possible. Doublé d’un coup de promo qui va directement faire un petit plouf dans l’eau.
Qui s’intéresse encore aux compilations et autres samplers, franchement ? Même les pires inconscients ont oublié ce que signifiaient sens de la découverte et fidélité à un label adulé. Non, s’il reste encore quelques mordus qui voient un quelconque intérêt à aller dénicher une compilation, en 2013, c’est pour aller à la pêche aux inédits, aux versions différentes et à la rareté qui n’impressionnera personne.

C’est en cela que la démarche d’Inmybed, petit label rennais qui aime ce qu’il fait, est remarquable pour cette compilation Embedded. Au-delà de "sortir une petite compil pour espérer faire circuler le nom du label et ceux des groupes qu’il défend", il a surtout mis en place un disque qui se tient de bout en bout. Qui n’est pas une rétrospective inutile du catalogue existant et qui n’est pas non plus un "état des lieux" de la scène rennaise, même si les 13 groupes ou artistes ici présents sont certifiés 100% bretons. Embedded va plus loin. Car de façon incroyable, il n’y a absolument rien à jeter ici. Le lp s’écoute sur toute sa longueur, pas besoin de se lever pour mettre un coup d’index au bras, et ça, pour une compilation, c’est assez rare pour être souligné. L’ordre de passage, lui non plus, n’a pas été laissé au hasard, et la visite guidée est un régal.

Je n’ai pas dit non plus que tout était merveilleusement bon sur cette tranche de vinyle et que l’on assistait en direct à la naissance d’une nouvelle scène locale prête à ravager le pays tout entier. Que la France se rassure. Cette fois-ci, elle n’aura pas peur. Elle retiendra peut-être par contre que l’indie-noisy-pop-whatever-the-fuck-you-wanna-name-it se porte mieux que bien à Rennes. Comme si tous les membres des 13 groupes avaient grandi avec des disques revendus par Etienne Daho et faisaient encore circuler de vieilles cassettes d’émissions radio de Bernard Lenoir de 1990.

Inmybed a demandé à ce joli monde d’aller passer une journée en studio et de payer son inédit, et c’est peut-être également ce qui donne une unité au produit final : tout à été enregistré au même endroit (studio ZF Prod), par la même personne (Mad Fab). Le résultat est plus que satisfaisant, mais puisque je n’ai pas non plus le temps de passer les 13 titres/groupes au crible, je m’arrêterai sur les noms qui m’ont fait le plus d’effet :
- Mistress Bomb H, avec une chinoiserie vraiment drôle et originale, qui sent bon l’opium. Super guitare sur ressorts, excellente batterie découpée, et un chant qui sort de l’ordinaire : sans problème mon morceau préféré du 12’’.
- Laetitia Shériff (qui ne chantait pas dans les $hériff mais dans Trunks) confirme, avec ce Big Sur de toute beauté, qu’elle a longtemps trempé dans la Beat Generation .
- Sudden Death Of Star a bien digéré les rythmes fous des Feelies, les Vaselines et Beat Happening avant de pondre un The Break Up qui ressemble à un morceau perdu de Green On Red datant de 1983, avec la chanteuse des Shop Assistants comme invitée. J’ai adoré.
- Møller Plesset, le groupe le plus bruyant et le plus tordu de la compile, lâche un My Job tendu et halluciné. Si je touchais des ronds sur les ventes, je vous dirais que leur 10’’ sur ce même label est vivement recommandé.
- Santa Cruz, dont je n’avais pas trop aimé l’assez récent 7’’, fait preuve de grande classe avec un Sad & Lonely qui fait valdinguer les portes du saloon à coup de banjo, lapsteel et piano, avant de révéler une mélodie vocale parfaite, qui rappelle finalement plus les Beatles de l’après Sgt Pepper que les merdes anglaises à la Supergrass/Oasis. J’aime pas trop penser à la musique en terme de "potentiel", mais si un de ces 13 groupes devait devenir un peu plus gros que les autres, je miserais mon pécule sur celui-là.
- La vraie touche de psychédélisme-mou-du-fion revient en fin de parcours à Prosperi Buri, avec un excellent morceau de slacker-rock dont le titre en dit long : Smoked. Il n’avait pas que le pipeau à la bouche.

13th Hole, Formica ou Mozzarrela’s Funeral Parlor seront peut-être un peu déçus de pas voir leurs noms défiler dans cette liste, mais ça n’empêchera pas qu’ils ont fait eux aussi du bien beau boulot pour le label qui les soutient à 100%.

La pochette pourrait le laisser craindre, mais aucune reprise de Bob Dylan n’est à déplorer ici. Quant à Inmybed, il n’est toujours pas une sous-division de CBS.
À noter aussi, pour fermer cette page de remise de récompenses, que les notes de pochette écrites par Philippe Dumez valent à elles-seules le prix d’admission et que les illustrations de Nine Antico satisferont les yeux et les doigts de ceux qui aiment encore les beaux objets.

Inmybed fêtera la sortie d’Embedded au Jardin Moderne de Rennes, le 26 octobre. Entrée gratuite. Ceux qui ressortiront sans un exemplaire de cette compil seront lynchés.

(8/10)

Bil

La chronique sur Nextclues.